Les guerres de religion, autour de Lagardère

ParLagardère

Les guerres de religion, autour de Lagardère

Le château de Lagardère, fondé au XIIIéme siècle, et dépendant des évêques et du chapitre de Condom, a surtout eu, au cours de la guerre de cent ans, un rôle de refuge et de défense du pays environnant vis-à-vis des bandes armées et des brigands qui sillonnaient la campagne. A la fin du XVéme siècle, le calme est revenu, mais dès la première moitié du XVIéme siècle, avec l’épanouissement de la Renaissance, s’annoncent tout une série de guerres civiles meurtrières qu’on nommera guerres de religion.

A – Le Protestantisme

La règle est- alors : « un roi, une foi, une loi ».

Le roi est maintenant incontestablement le roi de France, de la dynastie de Valois, la loi, c’est la coutume et parfois le droit romain, la foi, c’est le christianisme dont le pape, retourné à Rome, est la tête, même si, depuis François Ier c’est le roi qui nomme les évêques. L’église est très critiquée dans son clergé, accusé, parfois avec raison des pires défauts, les papes donnant, pour certain, l’exemple. Depuis longtemps se sont levés ; à l’intérieur et à l’extérieur de l’église, des protestataires qui réclament, avec des succès mitigés, le retour à la pureté supposée des origines. Mais en ce début du XVIème siècle, la protestation prend une autre ampleur. Toute une classe de lettrés est apparue, stimulée par le développement de l’imprimerie, intelligente et avide de connaissance, commerçants enrichis, qui ont donc des loisirs, clercs issus de la bourgeoisie ou de la petite noblesse, chevaliers et seigneurs dont les armes ne sont pas la seule passion. Ils reprennent l’héritage antique, interrogent les textes sacrés, dénonçant parfois l’interprétation officielle et avançant la leur.

Le moine Luther entraîne une partie des princes allemands contre l’empereur Charles Quint. En France Calvin développe une protestation plus radicale, et en professionnel du droit, développe un modèle religieux social et politique qu’il applique à Genève, ville où il s’est réfugié, à l’abri du roi et de l’empereur.

B – 1559 : date charnière

Ici, les années 1559-1560 jouent le rôle de date charnière entre les deux moitiés du siècle, marquant la bascule vers les guerres civiles qui ne se termineront qu’à la fin du siècle avec l’édit de Nantes de 1598.

  1. c’est en 1559 que se tient le premier synode réformé.
  2. c’est surtout en 1559 qu’est signé le traité de Cateau-Cambrésis, marquant la fin des guerres européennes. Henri II, roi de France, et Philippe II roi d’Espagne scellent la paix, comme il se doit, par un mariage. Mais au cours des fêtes, le roi a voulu briller dans un tournoi contre le capitaine des gardes Gabriel de Lorges, comte de Montgoméry. Il reçoit la lance de son adversaire dans l’œil et meurt malgré les soins d’Ambroise Paré. Montgoméry s’enfuit en Angleterre, terrorisé par ce coup involontaire et le désir de vengeance de la reine Catherine de Médicis. Il va se convertir à la religion réformée, et devenir un chef de guerre protestant réputé.
  3. c’est à cette époque qu’en Angleterre Elisabeth a succédé à sa demi-sœur Marie Tudor catholique. Elle va devenir en Europe le principal défenseur des protestants.
  4. c’est en 1559 que le roi d’Espagne nomme comme gouverneur des Pays Bas sa demi-sœur, Marguerite de parme, entamant une politique dure de lutte contre les protestants, la guerre va éclater quelques années plus tard, aboutissant à l’indépendance de la moitié nord du pays.
  5. c’est à cette époque, en 1560, que le pape reconvoque le concile qui avait débuté quinze ans plus tôt. Il se réunit à Trente, dans le Tyrol autrichien, et se termine en 1563 après une refonte considérable de l’organisation de l’église, mais un durcissement dogmatique par rapport à la réforme protestante.
  6. c’est à cette époque, en Gascogne, que la reine de Navarre, Jeanne d’Albret, va se proclamer protestante, en 1560, allant jusqu’à interdire le culte catholique dans le Béarn. Par héritage, elle domine toute la Gascogne, le Rouergue et le Périgord. Elle a épousé par amour un des premiers princes du sang, Antoine de Bourbon et l’a un moment fait pencher vers le protestantisme. Il est gouverneur de Guyenne. Mais bientôt il revient à ses convictions catholiques et sa femme rompt avec lui. C’est à la tête d’une armée catholique au siège de Rouen tenue par les protestants qu’il meurt en 1562. Son fils Henri a 9 ans et reste sous l’autorité de sa mère, qui n’en manque pas.
  7. enfin c’est vers cette époque, qui marque la fin des guerres d’Italie, que beaucoup d’hommes d’armes, en Gascogne des cadets sans fortune qui avaient recherché le succès dans l’armée, reviennent au pays, désoeuvrés et parfois ruinés ou quasi sans ressource. Ils vont rechercher ce qu’ils connaissent : les combats. Ces cadets de Gascogne, au courage reconnu, vont être de toutes les guerres, grandes batailles, escarmouches en commandos, guet-apens éventuellement, et seront les principaux acteurs, pas seulement en Gascogne des guerres de religion.

C – Trois périodes

Tout ce demi-siècle, vu d’ici peut être vu en trois périodes :

  1. une première période qui va de 1559 à la saint-Barthélémy en 1572 : treize ans de montée en puissance de la révolte protestante,
  2. une deuxième période, de 1572 à 1584 : douze ans où le jeune Henri de Bourbon, est roi de Navarrre, consolide son implantation en Gascogne et prend la tête des armées protestantes, jusqu’à ce que la mort du dernier frère du roi de France fasse de lui son héritier légitime,
  3. une troisième période de 1584 à 1598 : quatorze années où la révolte catholique prend une ampleur telle qu’elle chasse le roi Henri III de Paris, résiste pendant cinq ans à Henri IV, avant que celui-ci ne parviennent à apaiser en partie les passions, par son retour au catholicisme et la proclamation de l’édit de Nantes.

I – Première période :
de 1559 à la saint-Barthélémy en 1572

L’Elan protestant

Depuis le milieu du siècle il y a un grand dynamisme protestant. Dans la Gascogne en particulier, deux phénomènes vont se conjuguer :

  1. une religion populaire
    d’abord une diffusion et une organisation protestante des milieux populaires aisés des villes. Assez rapidement, la mise en place d’une organisation protestante précise à la suite de Calvin. Le synode de 1559 a découpé la France en régions gérées par des assemblées d’allure démocratiques et une tendance antimonarchique (parlant de « ce petit roi de merde »), anti impôts (la gabelle, impôt sur le sel), et anticléricale, ridiculisant prêtres et moines. Pour certains, les ornements des églises et du culte, les images et statues, les sacrements, sont l’expression d’une idolâtrie qu’il faut détruire, pour libérer, purifier le bon peuple chrétien. C’est ce qu’on appelle l’iconoclasme, qui va faire des ravages sur les monuments romans et gothiques, encore plus importants que ceux que provoquera la vague d’antichristianisme de l’an II en 1794.
  2. un appui politique : Jeanne d’Albret
    ensuite un appui des autorités politiques à la religion réformée. Il n’y a plus en Gascogne qu’une puissance importante : la maison d’Albret a recueilli progressivement grâce à des mariages adroits, les héritages des puissances locales qui s’étaient souvent entre-déchirées : Foix-Béarn, Bigorre, Armagnac, Marsan, Landes Lomagne jusqu’aux portes d’Agen, lui appartiennent. Plus récemment elle a hérité du royaume de Navarre réduit à une vallée pyrénéenne depuis le coup de force du roi d’Aragon de 1512 qui a enlevé toute la partie au sud des pyrénées. Seul le Comminges, Bayonne et le pays de Gaure (Fleurance) dépendent directement du roi de France. Antoine de Bourbon, roi de Navarre du fait de sa femme, on l’a vu, est aussi lieutenant général du roi en Guyenne, c’est-à-dire gouverneur militaire de tout le sud-ouest à partir de Bordeaux. La résidence principale des Albret, n’est pas Pau, mais Nérac, à une trentaine de kilomètres au nord de Lagardère. Jeanne d’Albret, à partir de 1560, et surtout de la mort de son mari, peu après, fait figure de défenseur du protestantisme qu’elle encourage plus ou moins officiellement dans les terres dont le roi de France est le suzerain, très clairement dans les terres qui n’en dépendent pas (Béarn et Navarre).

Les guerres civiles

La période marque le début des guerres civiles qui vont voir alterner

  • des échanges militaires plus ou moins intenses, avec peu de grandes batailles, et beaucoup d’opérations mineures autour des petites villes,
  • et de tentatives d’apaisement du roi de France qui va publier chaque fois un édit portant le nom de la ville où il a été promulgué, faisant une place plus ou moins grande au culte protestant.

Première guerre

  1. Condé et les troubles
    après le massacre de Wassy, en Champagne, et la prise d’armes de Condé à la tête d’une armée protestante en 1562. Dans beaucoup de villes de la région, la minorité protestante s’agite, réclame un lieu de culte, l’autorisation de se réunir et de se montrer, elle se révolte, parfois saccage des églises et moleste les catholiques, et tente de prendre le pouvoir urbain à la faveur d’une véritable vague de conversion. Il y aura bientôt environ deux millions de protestants en France sur une population totale de 16 millions d’habitants, essentiellement clercs, commerçants, artisans, alors que les officiers du roi (l’équivalent des fonctionnaires) et les paysans restent en très grande majorité catholiques.
    A Paris, en 1559 le fils aîné d’Henri II, François II devient roi. Sa femme est Marie Stuart, déjà reine d’Ecosse, dont la mère est de la famille des Guise. Ceux-ci, prennent une certaine influence auprès du jeune roi et de sa mère, Catherine de Médicis, régente. Mais le nouveau roi meurt au bout de quelques mois. Sa femme retourne en Ecosse, son frère Charles IX lui succède sous la régence de sa mère. Celle-ci, devant les troubles du sud ouest demande à Monluc de maintenir ou rétablir l’ordre.
  2. Monluc
    Monluc est un petit seigneur d’ici. Sa famille est une branche de celle des Montesquiou, encore représentée actuellement. Il réside dans son château de Sempuy, quelques kilomètres à l’est de Valence. Il est revenu chargé de gloire des guerres d’Italie et ne manque pas d’ambition ni de détermination. Avec intelligence, parfois diplomatie, souvent cruauté, il délivre le seigneur de St Mézard assiégé par les protestants qui voulaient l’égorger, empêche à Toulouse et à Auch, les groupes protestants de prendre le pouvoir, essaie de louvoyer avec la reine de Navarre, s’installe à Agen et à Condom et parvient, dans cette période 1562-1564 à maintenir l’autorité du roi de France. Il est redouté car il n’hésite pas à pendre pour l’exemple, sans état d’âme. Il mobilise ses parents : le seigneur de Lébéron, juste à côté de l’abbaye de Flaran, le seigneur de Massencome, son cousin, le seigneur de Labit, tout près d’ici, à côté du Mian, le seigneur de Bezolles, le seigneur de Gondrin, de la famille de Pardaillan, qui et aussi seigneur de Roques et de Justian. Nous sommes ici au cœur de ce réseau. Le château de Lagardère appartient alors à l’évêché de Condom.

Le voyage royal

  1. Entrevue de Bayonne
    cette première guerre de religion se termine par un édit royal donnant quelques libertés aux protestants. La reine Catherine veut consolider la paix et l’autorité de son fils, le jeune roi, en faisant avec lui et la cour un voyage à travers tout le royaume. Le départ a lieu le 24 janvier 1564. C’est une caravane de 10 à 15 000 personnes, avec carrosses, chars et chevaux et intendance correspondants. Après Bayonne, ou la reine rencontre le duc d’Albe, envoyé du roi d’Espagne, le cortège atteint Mont de Marsan le 18 mai ; puis Vic Fezensac. Il suit la vallée de l’Osse, à côté d’ici pour entrer à Condom le 27 juillet.
  2. Condom
    Le roi, sa mère et son frère sont logés à l’évêché. Mais où a-t-on pu loger le reste de la cour. Il est probable que le château de Lagardère, dépendance de l’évêché a été mis à contribution. Peut-être ces murs gardent-ils le souvenir de quelque brillant seigneur ou dame d’honneur… Le voyage continue par Nérac, chez la reine de Navarre, qui doit accepter le rétablissement du culte catholique qu’elle avait interdit dans la ville, puis Buzet, Tonneins, Bergerac et la direction de Paris. La reine a confirmé à Monluc la tâche de maintenir localement l’autorité royale.

Deuxième guerre

  1. De Meaux à Jarnac
    Mais, peu après la guerre reprend. En septembre 1567, Condé, chef des armées protestantes tente d’enlever le roi à Meaux, pour le soustraire à l’influence des Guise. Il échoue, mais assiège Paris avant de se réfugier à Chartres. Le roi Charles IX veut faire arrêter Condé et Coligny, l’autre chef protestants, qui se réfugient à La Rochelle, place forte d’où il peut recevoir des renforts anglais. Mais le 13 mars 1569, l’armée protestante est vaincue à Jarnac, proche de La Rochelle, et Condé assassiné par Montesquiou, capitaine des gardes du duc d’Anjou, frère du roi, alors qu’il venait de se rendre.
  2. Le roi contre Jeanne d’Albret
    La reine de Navarre vient s’enfermer dans La Rochelle. Le roi de France ordonne alors la saisie de ses domaines, en particulier le Béarn et y rétablir le culte catholique. En Gascogne comme ailleurs, on se méfie d’un retour en force des protestants. Ainsi, à Casteljaloux, le 25 mai, « Jean de Lagardère, dit Sabats, avec Antoine Simon et Jacques Gillet, ne sont autorisés à rentrer en ville que sur permission du roi ou de son lieutenant ». Jeanne demande alors à Montgoméry, devenu un actif chef protestant à son retour d’Angleterre, de restaurer son autorité en Béarn.
  3. Montgoméry
    Montgoméry se trouve en Languedoc. Il franchit l’Ariège et la Garonne, traverse le Comminges en dévastant Saint-Gaudens, la plaine de Tarbes, rejoint les protestants à Navarrenx, bats les catholiques à Orthez, brûlant et pillant les églises, semant l’épouvante autour de lui. Il s’empare de Mont de Marsan que Monluc reprendra bientôt. Le 17 octobre il met à sac Lupiac, le 23 il brûle Nogaro, puis Dému, entre dans Vic en mettant le feu à l’église Saint Pierre, dont la voûte s’effondre. Le 27 il est à Condom, où la minorité protestante l’accueille, et y reste jusqu’à la fin de l’année pour « rafraîchir » ses troupes, c’est-à-dire les restaurer et les reconstituer. Ses soldats, alors « battent le pays ». Ils saccagent l’abbaye de Flaran, le château du Lau, vingt autre châteaux, dit le chroniqueur, et l’on peut penser que le château de Lagardère, près de Condom et propriété de son évêque n’a pas été épargné. A Nérac, le couvent de Sainte Claire est détruit. A Condom même, 6 églises paroissiales et cinq monastères sont dévastés. Pour forcer les habitants à payer une forte rançon, les soldats commencent à détruire la cathédrale, jusqu’au plomb des couvertures que l’on commence à enlever. Tout près d’ici, la maison du Prat est détruite car elle appartient à Ramon Desbarats, vicaire desservant l’église de Laubiet, aujourd’hui disparue. Le prêtre va se réfugier au château d’Aumensan, un peu plus au sud, mais il est poursuivi et rançonné.

Pendant ce temps, Monluc fortifie Agen et laisse passer l’orage qu’il ne peut maîtriser. Il reconquiert ensuite les villes ne peut empêcher Montgoméry de passer la Garonne à Port Sainte Marie, et prépare une expédition contre le Béarn. Il assiège et prend Rabastens de Bigorre en 1570, mais y est cruellement blessé à la face. Il portera dorénavant un masque de cuir, et plus ou moins écarté, il se retire dans son château d’Estillac, un peu au sud d’Agen, et rédige ses mémoires, qui sont une des œuvres littéraires majeures de ce temps.

La recherche de la paix

la reine mère et le jeune roi tentent l’apaisement avec l’édit de Saint-Germain, le 8 août 1570, favorable aux protestants qui obtiennent quatre places de sûreté. Ils rendent à la reine de Navarre la pleine possession de ses états.

  1. Lagardère
    Localement
    , ici, on essaie de reconstruire et de réparer les dégâts. Mais destructions et misères se sont accumulées. Pour restaurer ses bâtiments dans la ville de Condom, le chapitre de l’évêque demande au roi l’autorisation de vendre une de ses possession les plus éloignées : le château de Lagardère. Le domaine est mis en vente en 1571, mais pour le moment ne trouve pas d’acheteur : peut-être est-il en trop mauvais état ?
  2. Le mariage
    La paix doit être scellée par le mariage de Henri de Bourbon, fils de la reine de Navarre, et de Marguerite de Valois, sœur du roi de France. Ils ont tous deux 19 ans. Jeanne d’Albret meurt pendant les préparatifs à Paris le 9 juin 1572. Le mariage à lieu à Notre Dame le 18 août, malgré le refus du pape de donner une dispense (les nouveaux mariés sont cousins issus de germains), la mariée dans l’église, le marié, protestant, attendant sur le parvis…

La saint-Barthélémy

  1. atmosphère parisienne
    A Paris, la tension est extrême. En octobre 1571, la victoire des chrétiens sur les Turcs à Lépante, dans les eaux grecques, a un retentissement considérable et semble marquer le renouveau et la victoire des catholiques. Les prêches de certains curés sont incendiaires, le déplacement d’une croix sur l’emplacement d’une maison de protestants qui a été rasée est vue comme une provocation. La « tolérance civile » voulue par le roi est largement désapprouvée. Une tentative d’assassinat du chef protestant Coligny, attribuée aux Guise ne fait que blesser la victime au bras, mais suscite une plainte menaçante des protestants auprès du roi. Celui-ci se rallie à la fraction dure de son conseil qui veut prévenir la subversion huguenote.
  2. le massacre
    Au petit matin du 24, jour de Saint Barthélémy, il ordonne l’assassinat de Coligny et des chefs huguenots. Mais cet assassinat déclanche une fureur meurtrière de la populace. Le corps de Coligny est mutilé, émasculé, traîné dans la boue, jeté dans la Seine, retiré, pendu à Montfaucon, et enfin brûlé… Les textes de l’époque, dont aucun n’est objectif, suggèrent ou bien qu’il s’agit d’un déchaînement populaire qui s’attribue à lui-même un rôle purificateur de la ville, comme « instrument de la justice de Dieu », ou bien une insurrection contre la politique religieuse jugée trop timorée du roi, et sa politique fiscale, trop lourde, méthodiquement organisée par les chefs de la milice parisienne.Le roi ordonne aussitôt la fin des massacres, mais ne sera obéi que quatre jours plus tard. Il a eu à Paris 2 à 4 000 morts. Henri, roi de Navarre puisque sa mère vient de mourir, et nouveau marié, échappe au massacre en devenant catholique. La nouvelle s’étend dans tout le royaume, des massacres ont lieu dans les grandes villes, mais moins monstrueux : à Bordeaux en octobre, pas grand-chose à Toulouse, rien à Agen, quelques protestants jetés dans la Baïse à Condom en représailles des méfaits de Montgoméry. Le parti catholique extrémiste, avec les Guise, triomphe, félicité par le pape, mais les protestants s’estiment trahis par le roi. Le fossé n’a jamais été aussi profond entre les partis.

II – Deuxième période :
1572-1584, correspond au début du règne de Henri
de Bourbon, comme roi de Navarre, et seigneur de presque toute la Gascogne.

Henri de Navarre « hors jeu » 1572-1576

Pourtant, d’abord, il est retenu à la cour, à Paris. Il est catholique et beau-frère du roi, et l’un des plus grands seigneurs du pays. Il suit, sans trop y participer aux évènements qui secouent la famille royale des Valois.

1 – Sécession protestante

  • Organisation protestante
    Au lendemain de la saint-Barthélémy, l’organisation protestante se mobilise. Les élus des villes envoient un délégué à l’assemblée générale qui se tient deux fois par an.
    Celle-ci désigne un chef suprême pour les campagnes militaires contrôlé par un conseil élu.
    Cette structure confédérale se constitue « en attendant qu’il plaise à Dieu de changer le cœur du tyran ».
    Les « confédérés » refusent les garnisons royales, saccagent, pillent et tuent quelques catholiques, surtout autour de Nîmes, Montauban, les Cévennes et les Charentes.
  • La Rochelle
    La Rochelle, port stratégique, devient le quartier général des luttes des Huguenots. A l’appel des habitants du port, Elisabeth d’Angleterre envoie Montgoméry avec une flotte de secours.
    Le chef des armées protestantes, désigné par l’assemblée est le fils de Condé, cousin germain d’Henri de Navarre.*

2 – Reprise de la guerre – 1573-1574

  • Le roi de Pologne
    Le 11 février 1573, le duc d’Anjou, frère du roi, prend le commandement de l’armée royale et vient assiéger La Rochelle, puissamment fortifiée. Mais il est quelques mois après élu roi de Pologne par les nobles catholiques et protestants du pays, en particulier grâce à la diplomatie de Jean de Monluc, évêque de Valence, frère de Blaise, le chef de guerre, envoyé par la reine mère Catherine de Médicis. Il lève donc le siège de la Rochelle le 6 juillet et part à Cracovie, sa nouvelle capitale.
  • Nouveaux troubles
    Des négociations s’ouvrent alors, mais les protestants réclament une sorte de monarchie constitutionnelle élective, et devant le refus du roi,en décembre s’organisent en confédération : « l’Union des Provinces » sous la protection de Henri de Condé.
    Les troubles reprennent dans l’est, le Poitou et le sud-est, avec la prise de Montgomery par les troubles royales, et son exécution au mois de mai 1574.

3 – Charles IX, Henri III – 1574-1576

  • Mort de Charles IX
    Le 30 du même mois meurt le roi Charles IX, à 22 ans.
    Son frère, ancien duc d’Anjou et roi de Pologne, vient lui succéder sous le nom de Henri III. Il est sacré à Reims le 13 février 1575.
  • Edit de Beaulieu
    Il proclame l’édit de Beaulieu, sensé ramener la paix, le 6 mai 1576, très largement favorable aux protestants, mais suscitant, bien sûr, une violente opposition des catholiques intransigeants.

Henri, roi de Navarre, gouverneur de Guyenne 1576-1584

Henri de Navarre, a saisi le flottement du début du nouveau règne, pour s’enfuir de Paris au mois de février 1576. Sur le chemin du retour vers Nérac et Pau, fortement « travaillé » par sa sœur, dont les convictions et le caractère ressemblent à ceux de leur mère, il abjure le catholicisme pour revenir dans « la religion réformée ». L’édit de Beaulieu l’a fait gouverneur de Guyenne. C’est là qu’il va essentiellement consolider ses positions et commencer à élaborer sa légende en gascogne.

1 – Retour en Gascogne 1576-1578

  • Tentatives de remise en ordre
    La province est en pleine anarchie : brigandages, et insécurité sont les caractéristiques des campagnes. La police et la justice sont en veilleuse, les impôts ne rentrent pas. Henri tente de rétablir l’ordre, par des ordonnances d’Agen, du 1er avril 1577. Il s’est en effet établi à Agen, grande ville plus sûre que Bordeaux, dont le parlement est tenu par les catholiques intransigeants. Son épouse, la reine Margot, est restée à Paris, auprès du nouveau roi, son autre frère. Henri de Navarre multiplie les chevauchées pour rétablir l’ordre. Il est partout dans la province.
  • Légende et ralliements
    Il chasse, multiplie ses conquêtes amoureuses dans toutes les couches de la société, parle gascon avec les paysans, plus ou moins incognito, et favorise le récit d’anecdotes plus ou moins authentiques où il apparaît juste, simple, courageux, de plain-pied avec les habitants de toutes conditions. Son cousin Condé, à la tête de l’armée huguenote lui reproche sa mollesse, mais plusieurs seigneurs le rejoignent : des protestants, bien sûr comme agrippa d’Aubigné, poète et futur grand père de Madame de Maintenon, le fils de Montgoméry, Lanoue, Turenne ; mais aussi catholiques comme Miossens, Roquelaure, qu’il fait gouverneur d’Auch, Gramont, Louis de Foix. Il séduit, mais des bastions lui demeurent hostiles : Euze, où il échappe de peu à un guet-apens, Bordeaux où il se garde d’aller.

2 – Les fêtes de Nérac 1570-1580

  • Les reines en Gascogne
    A Paris, le nouveau roi Henri III et sa mère tentent une nouvelle fois une réconciliation qui paraît bien difficile. La reine mère Catherine vient reconduire auprès de son mari son épouse Marguerite. Le roi lui a accordé une belle dote, avec l’Agenais, le Quercy et le pays de Gaure (Fleurance), entre autres. Le couple est ainsi maître du quart sud ouest de la France. Les reines arrivent à Auch le 22 novembre 1578. Négociations et fêtes se mêlent avec quelques escarmouches (Henri quitte le bal et va prendre Fleurance, à la nouvelle de la prise de La Réole par l’armée royale).
  • La cour de Nérac
    On se retrouve à Nérac jusqu’à Noël, au milieu des festivités, joutes poétiques avec Salluste du Bartas qui chante la muse gasconne. C’est à cette époque que le château de Lagardère a enfin trouvé un acheteur : le pays doit être plus sûr maintenant. C’est Pierre de Lavardac, dont la famille vient d’Astarac qui en devient possesseur et réalise les transformations que l’on voit aujourd’hui : en particulier l’échauguette, la porte est avec son pont levis (il prévoit que les troubles ne sont pas encore terminés). La reine-mère quitte Nérac au début 1579. Henri et Marguerite en 1579-1580 passent une vraie lune de miel dans une cour raffinée et littéraire animée par la reine Margot, dont chacun célèbre la beauté et l’esprit.

3 – Autres amours

  • Henri « protecteur »
    Mais le temps passe, les amours changent. Henri reprend ses conquêtes ; Margot tombe amoureuse du beau Champvallon et va s’enfuir en Auvergne avec lui. L’assemblée générale protestante, le 24 mai 1581 désigne Henri comme protecteur, c’est-à-dire chef de l’armée. Le chef de l’armée catholique installe en 1583 des garnisons à Agen et à Condom, domaine de la reine Margot, catholique, alors à Paris.
  • Corisande
    Depuis le mois de mai 1582, Henri et souvent à Hagetmau, dans les Landes auprès de la belle Corisande, nom d’emprunt littéraire de Diane d’Andoins, veuve depuis deux ans du comte de Gramont, elle-même catholique, intelligente, partisan de la tolérance, et qui gardera longtemps une grande influence sur Henri, malgré de multiples aventures.
  • Mort de François
    Mais le 11 février 1584, meurt le dernier frère du roi, François duc d’Alençon, devenu duc d’Anjou. Henri de Bourbon, roi de Navarre devient de droit héritier du trône de France. Pour la première fois il paraît possible que le pays ait un roi huguenot !…

III – Troisième période :
C’est la grande révolte catholique vis-à-vis de Henri,
héritier puis roi légitime de France.

La mort du dernier représentant de la famille royale des Valois, en dehors du roi change le jeu. Les femmes sont exclues de la succession et ne peuvent pas la transmettre. C’est donc le lointain cousin par les hommes, Henri de Bourbon qui est le successeur désigné. Certes, il est par les femmes cousin issu de Germain du roi régnant, et par ailleurs son beau frère. Mais selon la lignée masculine, il n’est cousin qu’au vingtième degré : l’ancêtre commun étant mort plus de deux cents ans auparavant. D’autres candidats se cherchent une parenté comparable. Les Guise font valoir qu’ils sont apparentés aux carolingiens… Mais le seul obstacle est que Henri est protestant et même chef de l’armée protestante opposée au roi.

A l’échelon national

Il y a alors une forte réaction catholique pour rejeter ce danger dont on a déjà vu en Angleterre le résultat catastrophique lorsque Elisabeth, protestante, a succédé à Marie Tudor, catholique…

1 – La ligue

Cette réaction suscite et renforce la Ligue, qui est la conjonction de deux forces distinctes :

  • La ligue des princes
    Elle s’est constituée autour des Guise, champions catholiques depuis le milieu du siècle, soutenue par le pape et le roi d’Espagne Philippe II qui est lui-même aux prises avec la révolte protestante des Pays-Bas, veuf de la dernière reine catholique d’Angleterre, et gendre du précédent roi de France, Charles IX. Les princes choisissent comme futur successeur du roi le propre oncle paterne d’Henri de Navarre, le vieux cardinal Charles de Bourbon. Ils représentent un courant qui revendique l’autonomie nobiliaire devant les premiers signes de centralisation et la montée progressive du pouvoir royal.
  • La ligue roturière
    Elle est surtout parisienne est plus radicale. Elle est constituée de la petite bourgeoisie des villes qui veut revenir aux anciennes libertés urbaines. Son sentiment religieux s’est renouvelé dans la suite du concile de Trente et les efforts de rénovation de l’église. Elle est habité par un désir de purification plus ou moins mystique, avec la multiplication des processions et des pénitents. Au début de 1587, l’exécution de la reine d’Ecosse, Marie Stuart, ancienne reine de France et catholique, par sa cousine la protestante Elisabeth d’Angleterre renforce leur crainte d’un futur roi protestant.

2 – La guerre

  • Nemours : 7-7-1585 : le roi emporté par la Ligue
    Devant cette véritable vague de fond, Henri III est contraint de reculer. Il se résigne au traité de Nemours, le 7 juillet 1585 : les protestants ont 6 mois pour revenir à la religion catholique, le successeur ne pourra être que catholique, un certain nombre de villes sont données en garantie aux chefs de la ligue.
  • Chef protestant, mais modéré
    En face, le roi de Navarre, successeur auto-proclamé, doit lui aussi composer avec les assemblées protestantes qui l’ont élu protecteur, le surveillent et le rappellent à la morale. Il se méfie des aides protestantes étrangères (Allemagne, Angleterre) réclamées par son cousin Condé. Mais son attitude modérée lui rallie des catholiques plus calme comme Montmorency, gouverneur du Languedoc.
  • La guerre
    La guerre reprend en Dauphiné, en Languedoc et en Poitou. Après une tentative de conciliation de la veille reine Catherine qui échoue, malgré la participation de Montaigne, ancien maire de Bordeaux, le roi de Navarre bat l’armée catholique à Coutras le 20 octobre 1587, mais ne pousse pas pus loin son succès. En même temps Guise bat les Allemands protestants à Vimory, au sud de Nemours.

3 – La révolte de Paris 1588- Guise

  • Les barricades de mai
    A Paris, la gloire de Guise monte aux dépens de celle du roi Henri III. La ville prend partie pour la ligue et son chef. Au mois de mai 1588, elle se couvre de barricades pour empêcher le mouvement des troupes royales. Soixante Suisses sont tué. Le 13 mai 1588 Henri III parvient à s’échapper et se réfugie à Chartres, puis Blois.
    A Paris, artisans, commerçants , procureurs célèbrent la libération d’un tyran impie dans une atmosphère qui préfigure, toute proportion gardée, la révolution iranienne de Khomeyni contre le shah. La ligue prend possession de la ville et s’organise en milieu clos.

  • Les Etats de Blois, Guise (octobre-décembre)
    Henri III négocie avec les ligueurs et s’incline. Guise tient toute la moitié nord du Pays, la ligue domine dans la plupart des villes du royaume. A la demande des ligueurs il convoque des Etats Généraux à Blois le 16 octobre. L’assemblée, dominée par les extrémistes catholiques s’attribue un pouvoir constituant qui vise un état catholique intransigeant. Le roi, acculé décide l’assassinat du duc de Guise, comme une exécution, le 23 décembre, dans la suite des Etats Généraux…

4 – La ligue contre le roi-1589

  • Paris insurrectionnel
    La réaction de Paris est violente. Le roi est destitué. Les ligueurs organisent un conseil qui se substitue aux Etats Généraux.
    Le cousin de Guise : Mayenne est nommé « lieutenant général de l’état royal et couronne de France ». Il y a une certaine analogie avec la commune de Paris de 1871. Les grandes villes de la moitié nord suivent.
    Henri III s’allie alors avec le roi de Navarre et leurs deux armées viennent mettre le siège devant Paris.
  • Le régicide inspiré
    Mais le 1er août 1589, à Saint Cloud, Henri III est assassiné par le moine Jacques Clément. Paris exulte, et proclame roi sous le nom de Charles X, le vieux cardinal de Bourbon, un peu sénile.

En Gascogne

En Gascogne aussi la ligue s’est développée. Toulouse, Auch, Valence sont pour elle. Bordeaux, grâce à son gouverneur Matignon, reste fidèle au roi Henri III.

1 – La Ligue

  • Margot à Agen
    En été 1585, la reine Margot, portée par l’élan catholique,revient dans sa ville d’Agen, la fortifie et lance des opérations contre les troupes et viles protestantes. Mais en septembre elle est chassée par les Agenais.
  • Le siège de Vic
    Ici, Montespan, c’est-à-dire le seigneur de Pardaillan-Gondrin, basé à Valence pour la Ligue, veut à nouveau assiéger Vic Fezensac, et appelle pour cela ses pairs du voisinage. On a de lui ce billet de juillet 1587 :

    « Monsieur de Lagardère, je vous prie de vous rendre à Vic, à nuit, car nous avons délibéré de l’assiéger, et pense que cela nous amènera à heur grand combat parce que les ennemis s’assemblent de tous côtés, qui me fait vous reprier vous en venir le plus tôt que pourrez et me croire votre très affectionné ami, à vous servir. Montespan ». On ne sait pas si Pierre de Lavardac, à qui est adressé ce mot, a participé au siège de Vic…

    En juin 1589, avec le fils de Monluc, Montespan essaiera, sans succès de prendre la citadelle de Condom, toujours fidèle au roi, alors que la ville, comme Agen et Marmande, sont acquises à la Ligue..
    La mort du roi Henri III ne change pas la situation. Le seigneur de Pins, près de Condom écrit, en janvier 1592 : « il se fait force tueries en ces quartiers ». Les positions respectives restent figées, mais les famines aggravent encore les dégâts dus aux gens de guerre dans les campagnes.

  • Bezolles et Panjas
    Le pays est décimé par les brigands, la misère, les guerres locales. Un capitaine Trouilh s’installe à Larressingle pour lancer ses bandes tout autour. Le seigneur de Bezolles, dont le château d’origine et à quelques kilomètres d’ici, mis qui a aussi construit un château à Beaumont, un peu plus au nord, est un ardent défenseur catholique. En 1589, il se heurte au seigneur de Pardaillan-Panjas, qui a hérité du château de Pardaillan, dont on voit les ruines près d’ici.

« Il roulait entre Condom et Vic. Bernard de Bezolles le chargea brusquement, encore qu’il n’eût avec lui que 17 maîtres et 12 arquebusiers à cheval » descendit des hauteurs (c’est-à-dire d’ici), dans la vallée de l’Osse, « mit pied à terre avec les siens et mêla si furieusement cette infanterie que de plus de 120 qui firent tête, il ne s’en échappa qu’un ».

2 – Henri, chef protestant

Pendant ce temps, le roi de Navarre conduit ses troupes dans le nordet reprend le siège de Paris.

  • Ralliements
    A la mort de Henri III, qui l’a désigné pour successeur, quelques grands seigneurs reconnaissent le roi de Navarre comme roi de France comme Montmorency, gouverneur du Languedoc. Mais le parlement de Toulouse ne reconnaît que Charles X, et son premier président a été assassiné par la foule qui l’accusait de communiquer avec l’ennemi. Auch, Agen, Marmande, Périgueux ont la même position. A Bordeaux, le gouverneur Matignon reconnaît Henri IV, mais le parlement ne se prononce pas.
  • Armées
    Mayenne chef des armées de la Ligue, sort de Paris, mais il est battu par Henri en Normandie à Arques en septembre 1589, et à Ivry en mars 1590. Mais Henri échoue devant Rouen et Paris. Le vieux cardinal de Bourbon, Charles X, meurt en mai 1590. Mayenne convoque les Etats Généraux à Paris pour désigner un nouveau roi. Seul les pays de la moitié nord , soumis à la Ligue, envoient des députés qui siègent au début de 1593. Les candidats, parents plus ou moins proches du roi défunt ne font pas l’unanimité, malgré la forte pression du roi d’Espagne.

 

3 – Henri IV, roi de France

  1. Abjuration
    le 17 mai 1593, l’archevêque de Bourges annonce que le roi va recevoir une instruction catholique et se convertir. Les députés des Etats se méfient, et s’apprêtent à choisir l’infante Isabelle, fille du roi d’Espagne, et petite fille de Charles IX par sa mère, mais le parlement de Paris s’oppose à toute décision contraire à la loi salique. Henri IV abjure solennellement à Saint Denis le 25 juillet 1593. Mais il faut l’échec des Etats, l’irritation contre les pressions espagnoles, et enfin le sacre du nouveau roi à Chartres le 27 février 1594, pour que le roi puisse entrer dans Paris le 22 mars, sous les acclamations de la foule. Il a quarante ans.
  2. Pacification
    Les villes se soumettent progressivement : Agent Marmande en avril 1594, en novembre, après une assemblée à Lectoure, les principales villes de Gascogne. Mais Toulouse ne reconnaîtra le nouveau roi que le 13 mars 1596, sept ans après la mort du précédent. La pacification se fait progressivement, marquée par l’Edit de Nantes du 30 avril et la paix de Vervins, avec les Espagnols le 2 mai 1598.

Les dégâts de ces années de guerre civile sont considérables. La population a diminué, la vie, en particulier à la campagne a été bouleversée. La production de céréales, l’activité commerciale ont chuté. Mais certains se sont enrichis : artisans du cuivre, du fer, maçon, négociants divers dont certains achètent des domaines nobles ruinés par les guerres. Ainsi, les Maniban, marchands de près de Cazaubon, vont poursuivre leur ascension sociale et acheter en 1621 le château de Lagardère.

Tous ces troubles meurtriers ont finalement révélé un triple refus :

  • de la religion réformée, dont l’effectif est passé de 2 à 1 million,
  • d’un pouvoir accordé à des assemblées représentatives : la voie est ouverte vers la monarchie administrative, dite absolue,
  • d’un état qui subordonnerait le temporel au spirituel. C’est le choix lucide d’une tolérance civile, mais comme un pis aller, dans un schéma limité et autoritaire.

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