inventaire de 1615

Arnaud de Lavardac seigneur de Lagardère vient de mourir.

 

armoiries des Lavardac

C’est le fils de Pierre de Lavardac, celui qui avait acheté le château en 1578, 37 ans auparavant, et avait probablement conduit les travaux de reconstruction et de réaménagement: Contrairement à son père qui paraît avoir ét un homme de guerre, participant actif aux guerres de religion, Arnaud est un administrateur sans doute procédurier: il fait refaire le cadastre local, il est en litige avec certains habitants du village, …

L’atmosphère générale reste difficile, Henri IV a été assassiné il y a cinq ans: La régence est assurée par sa veuve Marie de Médicis et ses favoris italiens. Cette même année le duc de Rohan s’est révolté à Lectoure,  les routes restent peu sûres, les guerres de religion ont ruiné les campagnes, source de richesse des petits seigneurs locaux, l’inflation due à la masse d’argent venant des colonies espagnoles d’Amérique, a rendu dérisoires les droits féodaux payés en numéraire.

C’est dans ce contexte qu’Arnaud fait son testament le 9 septembre et meurt sans doute deux jours après. Il n’a pas de descendance légitimes mais deux filles bâtardes: Charlotte et Allix de Lavardac. Il a une sœur, une autre Allix, mariée à un seigneur de Caulet, du voisinage.

Or Arnaud lègue ses biens au collège d’Auch, prestigieux, concurrent de Toulouse, fondé en 1543, et tenu par les Jésuites depuis  l589:

Après accord des filles et de la sœur, les pères jésuites acceptent sous bénéfice d’inventaire: d’où l’inventaire du notaire Dayrenx:

Comment cela s’est-il passé:?

Le l2 septembre l6l5, vers midi, sans doute au retour du cimetière, après l’enterrement du seigneur Arnaud, un petit groupe  formé par deux représentants des jésuites, les deux filles, la soeur et son mari, l’exécuteur testamentaire: Jean de St Gresse seigneur de Séridos, près d’Ampeils, sur la route de Valence , Jean de Vic, notaire à Lagardère, Me Lannevic, prêtre à Bezolles, et Me Aris, apothicaire à Condom, entreprend la visite du château.

Inventaire de LAGARDERE 

(Notaire : d’Ayrenx à Bezolles)

« Inventaire des biens meubles délaissés par Noble Arnaud de Lavardac, seigneur de Lagardère, décédé le onze septembre 1615, fait par moi, Jean Raymond d’Ayrenx, notaire royal et héréditaire du lieu de Bezolles, à la réquisition de Pierre Antoine Carsin, et Jean Bordes, députés du Père Recteur des Jésuites du collège d’Auch,    testamentaires dudit feu de Lavardac, sous bénéfice d’inventaire, suivant la disposition desdits frères ,présents et assistant Noble Jean Pierre Caulet, et Allix de Lavardac, mariés, beau frère et sœur dudit défunt, Charlotte et Allix de Lavardac, filles bâtardes dudit défunt, Noble Jean de St Gresse, seigneur de Séridos, exécuteur testamentaire dudit défunt, et autres, assistés et agrément de toutes les parties, suivant l’acte sur ce, fait en présence de moi, dit notaire , ce jour d’hui, et en bas écrit étant dans la salle et maison dudit Lagardère, à quoi a été procédé ce jourd’hui, douzième jour de septembre 1615, en la forme et manière qui s’ensuit, après que Jeanne Blondeau, chambrière dudit feu, nous a juré de relever tout ce que testament sera…

Premièrement dans la chambre du milieua été trouvé un coffre fait à parements fermé à clef, laquelle clef a été baillée et exhibée par noble Jean de St Gresse, seigneur de Séridos, laquelle, Jeanne Blondeau (la chambrière) la lui aurait baillée après le décès dudit feu de Lavardac et de son mandement, lequel ledit seigneur de St Gresse cacheta aussitôt et a été trouvé au même état,  dans lequel coffre a été trouvé un sac contenant le procès pendant la cour du sénéchal d’Armagnac d’entre ledit feu de Lavardac et Charles Colombad complet ledit inventaire côté.

+ dans un panier dans le même coffre a été trouvé un gros papier où il y avait trois ou quatre poignées de pierres de berbatin,

+ une requête civile close et avec, attachés, contre Rose de Pujol de la chancellerie de Bordes

+ le testament de Bertrand de Pujol du dix septe novembre mille six cent sept,

+ une pancarte vieille en latin, sur le compromis de la juridiction de Lagardère et le seigneur de Pardailhan ;

+ un contrat latin contenant un bail à novofief d’une pièce de terre à Pierre Burgard,

+ autres contrats de revente par Jean Ardit, Jean Gros, à Arnaud de Lavardac en date du seize mars mille cinq cent nonante huit signé et côté,

+ une cédule signée de Dassion en date du sept juin mille cinq cent nonante sept en faveur de Bertrand de Pujol, la somme de deux écus,……

……(nombreux autres documents notariés).

 après a été procédé à l’inventaire de la chambre du côté de la galeriedans laquelle a été trouvée une table relongée

+ douze chaises

+ quatre escabelles

+ six autres petites chaises fort basses,

+ un dressoir,

+ un escalebart de la hauteur de deux pannes avec une table attachée avec une bif (vis) audit escalebart,

+ deux escalebarts pour

vaisselier gascon classique

asseoir à table,

+ une hallebarde

+ en un râtelier attaché à la muraille il y a trois arquebuses, deux à rouet, et une à feu,

+ un archelit (lit sur coffre) pleinier (non décoré) garni de ternet (tissu particulier) avec un matelas couette traversier à plumet et une couberte blanche,

 

+ sommes entrés en la chambre du côté du midi où avons trouvé une table en menuiserie (d’ébéniste) avec un tapis dessus de laine,

+ un dressoir vieux pleinier,

+ deux chaises,

+ une chaise percée,

+ une paire de landiers (chenets) de fer,

+ un archelit (lit sur coffre) pleinier garni, le tour d’étamine et les rideaux de ternet vert avec une couette à plumet et un matelas coussin à plumet et couberte de taffetas usé et rompue et un linceul de bot sur la paille,

+ autre archelit garni de laine le haut rideau de ternet vert avec une couette coussin et couverte (couverture) verte,

+ un coffre fait à pendants où il y a un sac d’instruments à inventorier dans lequel a été mis vingt deux serviettes, la moitié prime, les autres un peu grossières,

 

+ sommes entrés dans la grande chambre du milieu où a été trouvée une table pleinière et un archibanc (banc sur coffre),

+ un escalebart,

+ deux chaises,

coffre du XVI° siècle

+ le coffre où sont les papiers que le seigneur de Séridos a la clef,

+ une escabelle,

+ un archelit garni le haut d’étame rideaux de ternet jaune, une couette capière, un linceul vieux et la couverte blanche rompue,

+ un coffre bahut où a été trouvé six linceuls (draps) de lit demi-usés de toile de lin,

+  deux linceuls de cheminée ayant une bande de …..au milieu;

+ deux serviettes , l’une prime, l’autre grossière,

+ un petit garde-robe fermé à clef, où a été trouvé quelques fioles et un plat d’étain,

+ la fourche de fer du moulin à vent,

 

+ dans la petite chambre du milieu a été trouvé un grand plat bassin de laiton pour laver les mains,

+ un gros chandelier de laiton,

+ une paire de landiers de fer (chenets),

+ une tasse d’étain,

+ un échauffe lit,

+ une cosse de laiton (louche)

+ une grille (gril)

+ une broche en fer,

+ une couberte (couvercle),de pot de laiton,

+ un métal (marmite) de fonte de la teneur d’un pot,

+ autre métal de fonte de la teneur de deux pots,

+ un plat d’étain rompu y ayant un trou au milieu,

+ tous lesdits meubles ont été remis dans ladite chambre du milieu,

 

dans ladite petite chambre a été trouvé et laissé un archelit garni…..une couette et coussin de plumet et un linceul,

+ un vaisselier vieux,

+ une petite escabelle,

+ une caisse vieille fermée à clef dans laquelle a été trouvée une robe de nuit dudit feu, de drap de contrat de Carcassonne,

+ un pourpoint de camelot à fils retors gris,

+ une nappe rompue,

+ un autre petit coffre où Jeanne Blondeau a ses hardes , le tout remis dans ladite chambre sauf la caisse et l’archelit,

 

+ dans la galerie a été trouvé un escalebart,

+ une chaise vieille servant de tréteau d’une table, ensemble ladite table et un tapis de laine,

+ dans la cuisine a été trouvée une paire de landiers de fer

+ un carmail (crémaillère),

+ une grande chaudière et un chaudron demi usé de cuivre,

+ un petit chandelier de laiton,

+ un vaisselier vieux,

careilh (lampe à huile)

+ une poëlle d’acier,

+ deux lessiviers,

+ deux careilhs (lampes à l’huile de lin)

+ deux gahes (louches) de fer

+ treize plats d’étain, et neuf assiettes d’étain,

+ une louchette vieille,

+ un parau (pétrin)

buffet « Renaissance »

+ une table pleinière (non décorée),

+ une nappe de lin presque neuve,

+ un demi pot d’étain,

+ un moulin  pour ….. ;

+ une armoire de bois à quatre piliers,

+ une bassine de cuivre,

+ deux cruches de terre,

 

+ sommes allés en autre chambre contre les greniersoù a été trouvé un archelit sans fond,

+ une couchette vide toute en menuiserie,

+ un banc pour des petits enfants et autre banc pleinier et un chevet de vieux lit

 

+ sommes descendus en l’étableoù a été trouvé un cheval poil bai harnaché de fer,

+ a été trouvé deux cuves servant à faire bouillir (fermenter) la vendange,

+ une paire de roues de charrette ……..,

+ un cubat (cuvier) servant à fouler la vendange,

+ une barrique foncée (avec fond) d’un bout,

+ dans la fenière, il y a environ vingt charges de foin,

+ trois barriques foncées d’un bout chacune,

 

+ allant dans la cave au dessous du pont (au dessous de l’escalier), près la porte d‘icelle il y a deux barriques foncées d’un bout,

dans la dite cave a été trouvé un rang de trois barriques,

en l’une d’icelle y avoir quelque peu de bon vin en l’autre du gâté et l’autre vide, celle où est le bon vin , on dit appartenir à Jean Ardit « Basico », maréchal (ferrant) dudit Lagardère,

+ un autre rang  barriques sur tines (poutres), l’une petite, y ayant du vinaigre dessous, plus autre barrique vide

+ un entonnoir,

+ deux pièces de bois servant de tines (tonneau pour la vendange),

 

+ au dessous de la galeriedu devant de ladite maison y a huit barriques vides foncées d’un bout chacune,

+ un trouilh (pressoir) servant à presser la vendange, démonté, le saumier (grosse poutre porteuse) et pressoir avec les vis attachées ensemble et le bas d’icelui ,

pressoir à vis

ledit jour n’a été procédé plus audit inventaire, occasion qu’il a été heure tarde sans préjudice de la continuation d’icelui, présents et assistants que dessus.

 

….sommes montés sur le galetas au plus haut de ladite maison du côté du midi, il y a une chambre en laquelle a été trouvé un achelit pleinier sans autre garniture avec le fond,

+ quatre tréteaux faits à menuiserie avec une table,

+ un banc pleinier,

+ un ros banc pour servir un menuisier,

+ la porte de ladite chambre se ferme avec un verrou , serrure et fliquet (loquet)……..,

+ sur le galetas il y a deux pièces de bois servant à faire douves de cuve,

+ un archelit vieux démonté presque pourri en menuiserie,

+ un placard de fenêtre (huisserie) ensemble les fenêtres séparées,

+ un chevet de lit vieux,

+ un chevet de petit lit,

+ un lit démonté en menuiserie fort vieux,

du vingt et unième dudit mois , sommes allés dans une chambre contre la cuisine  en laquelle il y a une carrère (rigole) et tuyau de plomb qui vient du bas jusqu’au haut, accroché à la muraille,

+ un vieux coffre bahut, presque rompu,

+ deux cubats (cuviers) servant à saler les pourceaux avec les ferrures,

+ une table de sapin…..chevilles,

+ quatre paillasses pour mettre les granages (grains), l’une grosse, l’autre médiocre (moyenne), et deux petites avec leurs ferrures, dans lesquelles a été trouvé un sac de fèves , demi sac de dèches (pois carrés), et quartan de pois blancs,

 

sommes allés dans le grand grenieroù a été trouvé sept sacs de blé et trois quartans

+ seigle………quatre sacs et demi,

+ orge blé quatre sacs,

+ avoine  sept sacs,

+ orge six sacs ;

+ garosse, pois bayard et fèves venant des dîmes , en tout trois sacs, dem

i sac de graine de lin,

sommes allés au petit grenier, près la porte ,

dans lequel a été trouvé deux sacs d’épeautre , neuf sacs et demi de mesture de seigle et blé,

+ douze sacs de garbailhe (reste de gerbes),

+ trois sacs de millet,

+ un gros tuyau de plomb. »….

 

Ainsi, on a un mobilier peu original, avec un ou des lits dans presque chaque pièce, des chaises, escabelles et escalebarts (banquette), des tables, qui à l’époque sont des plateaux posés sur des tréteaux , quelques armoires, plusieurs coffres:…

De nombreux ustensiles de cuisines avec des noms gascons: les landiers, le carmail, les careilhs, le parau, le cubat, la cosse, le métau…

Mais bien peu de décoration: deux vaisseliers, un rateliers avec des arquebuses et une hallebarde, pas de tapisserie, pas de bibelot..

Il s’agit donc d’une maison noble en bon état (deux ans après, d’ailleurs, on y célèbrera le mariage d’une cousine du défunt, Louise de Lavardac avec le seigneur de Pimbat, originaire de Rozès);

Mais une maison aménagée sans luxe, austère même,

Cela tient-il à la pauvreté du seigneur ? ou à son caractère, peut-être volontairement ascétique, puisqu’il lègue à des religieux?  Ou tout simplement avare, chez un personnage connu pour être procédurier, et dont le « trésor » est en fait une masse de papiers traduisant des engagements financiers?

Les conséquences de cet inventaire sont connus: le collège d’Auch va refuser l’héritage. La sœur du défunt le réclame, Allix est visiblement très attachée au château et veut le garder malgré l’avis de son mari à qui elle s’oppose.. Mais finalement, le premier avril l6l7, elle est obligée de le mettre en vente « l’héritage étant trop onéreux du fait des dettes et charges diverses ».

Quatre ans plus tard, donc cinq après la mort d’Arnaud, Jean de Maniban, d’une famille de marchand,  enrichi par les guerres de religion, à l’inverse des Lavardac, l’achète grâce à une manoeuvre financière: il emprunt l’intégrité des 3200 livres, prix du château  à un  voisin, le seigneur de Pins d’Aulagnères, tout près de Valence..